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Biographie de Rin Tarô

Au contraire d'autres grands réalisateurs comme Hayao Miyazaki ou Isao Takahata, Rintarô n'est pas un auteur, mais un pur metteur en scène. Il n'explore pas un univers personnel, mais il est passé maître dans l'art de donner vie aux univers des autres, puisque l'essentiel de sa filmographie consiste en l'adaptation animée d'oeuvres existantes, qu'il s'agisse de mangas, romans, ou autres.
Cela ne l'empêche pourtant en aucun cas d'exprimer sa propre sensibilité. Dans la mesure ou il met son talent au service de la vision de l'auteur original, il n'a pas non plus de style graphique propre à ses oeuvres, et sa griffe est souvent très difficile à identifier au premier coup d'oeil.

Rintarô est pourtant un homme de l'image, ainsi qu'un des artisans majeurs de la japanimation à laquelle son nom est associé depuis près de 50 ans, depuis ses balbutiements au cinéma et à la télévision, jusqu'à nos jours où il officie au sein d'un studio reconnu pour le caractère avant-gardiste de ses productions.
A travers la richesse et l'éclectisme du parcours de ce touche à tout de génie, nous embarquons pour une traversée complète de l'histoire de l'animation japonaise moderne.


Ses débuts à la Tôei


Rintarô, de son vrai nom Shigeyuki Hayashi, est né à Tokyo le 22 janvier 1941.
Dès l'âge de 13 ans, il se passionne pour le cinéma, aussi bien américain, que français ou italien. Cette boulimie cinéphile va fortement influencer son oeuvre.
Souhaitant alors faire carrière dans le 7ème art, il saisit l'occasion de se rapprocher du groupe Tôei en s'inscrivant en 1958 à des cours de dessin proposés par la toute récente branche animation du célèbre studio.

La Tôei Animation vient en effet d'être créée avec pour objectif de concurrencer les productions Disney qui rencontrent alors un vif succès dans l'archipel.
C'est donc un peu par hasard que le jeune Shigeyuki Hayashi arrive dans le monde du dessin animé plutôt que dans celui du film live, mais il se trouvera très rapidement à son aise dans ce petit univers qui s'apprête à entrer en ébullition.

A 17 ans, il se retrouve donc coloriste sur Hakujaden (Le serpent blanc, 1958), le tout premier long-métrage d'animation japonais destiné au cinéma. Adapté d'une légende chinoise racontant l'histoire d'un jeune garçon tombé amoureux d'une belle jeune fille incarnant l'esprit d'un grand serpent blanc, ce film est un petit chef-d'oeuvre de poésie, et témoigne d'une grande ambition technique malgré un rendu encore quelque peu artisanal.
Il enchaîne l'année suivante en 1959, toujours comme coloriste, avec Shonen Sarutobi Sasuke (Sasuke, le jeune Sarutobi), film primé à la Mostra de Venise. Ce long-métrage narre l'épopée d'un garçon qui va devoir apprendre les techniques du ninjutsu afin de libérer son village du joug d'un tyran.

En 1960, Shigeyuki Hayashi va faire une rencontre déterminante pour sa carrière.
Il occupe alors le poste d'animateur sur le film Saiyuki (Le Voyage en Occident) co-réalisé par Osamu Tezuka qui signe ici ses débuts dans l'animation.
Le film explore l'origine du mythe de Son Goku, dont Tezuka avait déjà tiré un manga dans les années 50. Egalement chère à un certain Akira Toriyama (Dragon Ball), cette légende se verra peu de temps après adaptée en Chine sous le titre Danao Tiangong (Le Roi des Singes).
A cette époque, le jeune animateur prend conscience des limites de ses talents de dessinateur, et souhaite alors évoluer vers le poste de réalisateur.
Tezuka ne tardera pas à lui en donner l'occasion.


La période Mushi


C'est en 1962 qu'Osamu Tezuka créé le mythique studio Mushi Productions en débauchant de nombreux animateurs de la Tôei Dôga, dont le futur Rintarô, qui est toujours crédité sous son nom Shigeyuki Hayashi.
Le studio se lance alors dans la réalisation de la première série d'animation télévisée japonaise, Tetsuwan Atom (Astro le petit robot, 1963, 193 épisodes en noir et blanc), d'après le manga de Tezuka.
Le studio Mushi est alors un pionnier, car aucune règle n'est encore fixée, que ce soit en terme artistique ou technique, et l'équipe va devoir tout inventer pour tenir la cadence d'un épisode par semaine pendant plusieurs années.

L'industrialisation de l'animation japonaise est en marche. Sur cette série, Shigeyuki Hayashi réalise le 4ème épisode, et assure la direction artistique ou participe à l'animation de nombreux autres.
Toujours adapté d'un manga de Tezuka, sort en 1965 la série Jungle Taitei (Le Roi Léo, 52 épisodes), sur laquelle Shigeyuki Hayashi est réalisateur et chef-animateur. Cette oeuvre raconte l'histoire du grand lion blanc Kimba et de son jeune fils Léo, toute ressemblance avec Le Roi Lion de Disney étant bien évidemment purement fortuite.
Le studio Mushi produit dans la foulée une suite Shin Jungle Taitei, Susume Leo! (1966, 26 épisodes) dans laquelle Léo devenu adulte est maintenant père de deux lionceaux, ainsi qu'un long-métrage Chôhen Jungle Tatei (1966), sur lesquels Shigeyuki Hayashi occupe divers postes comme co-réalisateur, directeur artistique, ou chef-animateur.

C'est en 1968 qu'il dirige entièrement sa première série, Wanpaku Tanteidan (Le club des petites détectives, 35 épisodes), qui est également la première production du studio à ne pas être adaptée d'un manga de Tezuka, puisqu'elle est tirée de l'oeuvre d'Edogawa Rampo, père du roman de détective japonais.
Ce début d'autonomie donne-t-il des ailes au jeune réalisateur ? Quoi qu'il en soit, c'est suite à cette série qu'il abandonne son nom Shigeyuki Hayashi pour devenir Rintarô.

Depuis quelques temps déjà, ses collègues le surnommaient "Rin-chan" du fait que le nom "Hayashi" écrit en Kanji (caractères chinois) puisse également se prononcer "Rin". Le nom personnel "Tarô" qui est arrivé par la suite est quant à lui un suffixe assez courant dans les prénoms japonais.

Toujours dans la trame policière, mais transposée à une autre époque, le fraîchement nommé Rintarô réalise alors la série Sabu to Ichi Torimonocho (Les enquêtes de Sabu et Ichi, 1968, 52 épisodes) d'après le manga de Shôtarô Ishinomori (Cyborg 009). Cette oeuvre marque également la première collaboration de Rintarô avec le regretté character-designer Kazuo Komatsubara (Grendizer, Herlock, Nausicaa) qu'il retrouvera quelques années plus tard sur les oeuvres de Leiji Matsumoto.

Quittant les bas-fonds d'Edo, il rejoint en 1969 le monde plus accueillant de l'écrivain finlandais Tove Jansson et de ses nymphes hippopotamesques de la série Mumin (Les Moomins, 65 épisodes).
Le studio Mushi récupère cette série en cours de production suite à un profond désaccord entre l'auteur et la Tokyo Movie qui s'était originellement vu confier le projet. Rintarô doit d'ailleurs à cette occasion abandonner ponctuellement son pseudonyme pour celui de Kuruma Hino.
Une seconde série Shin Mumin (52 épisodes) sera produite en 1972, toujours avec Rintarô aux manettes, aux cotés de Toshio Hirata (Pet Shop of Horror) qu'il retrouvera ultérieurement sur Phoenix.


Une phase de transition


Peu de temps avant la fermeture du mythique studio, Rintarô quitte Mushi et Tezuka, mais ce n'est qu'un au revoir. Il en profite pour voyager quelques temps, notamment en France, puis il revient au Japon en tant que réalisateur free-lance.
Il va dorénavant avoir un peu plus de liberté pour choisir les projets sur lesquels il travaille.

En 1974, Rintarô dirige et réalise le story-board de la série Hoshi no Ko Chobin (Chobin, l'enfant des étoiles, 26 épisodes) produite par le studio Zero. Il enchaîne l'année suivante avec le sympathique univers préhistorique de la série Wanpaku Omukashi Kum Kum (Kum Kum, 1975, 26 épisodes) produite par ITC Japan et sur laquelle le character-design est assuré par Yoshikazu Yasuhiko (Gundam, Arion).

Il participe ensuite en 1975 à la réalisation de la série fleuve Manga Nihon Mukashi Banashi (Légendes animées du Japon, plus de 1000 épisodes jusqu'en 1995 !) qui revisite les mythes et légendes de l'archipel. Chaque épisode présente deux contes de 10 minutes chacun, et Rintarô dirige notamment les contes Shitakiri Musume (Le moineau à la langue coupée, épisode n°2, second segment) et Yukionna (La Femme de la Neige, épisode n°6, second segment) sur lesquels a également travaillé le décorateur Takamura Mukuo qu'il retrouvera sur Uchû Kaizoku Captain Herlock et Ginga Tetsudô 999.

Cette série produite par le groupe Tac (au sein duquel se retrouvent beaucoup d'anciens de Mushi) marque également les débuts en tant que directeur artistique du futur réalisateur Yoshiaki Kawajiri (Ninja Scroll, Vampire Hunter D : Bloodlust) avec qui Rintarô entamera une longue série de collaborations.

Suite au succès de cette oeuvre, une deuxième série est lancée sur le même principe : Manga Sekai Mukashi Banashi (Légendes animées du monde, 1976, 195 épisodes), toujours avec Rintarô à la réalisation, et qui s'intéresse cette fois-ci à des contes et légendes étrangers dont certains nous sont plus familiers, comme Les trois petits cochons, ou Le petit chaperon rouge.


L'ère Leiji : les premiers chefs-d'oeuvre


Après ces quelques années de vagabondage, Rintarô revient à la Tôei, mais cette fois avec un CV beaucoup plus épais que lors de son dernier passage. Il lui faudra pourtant à nouveau faire ses preuves, puisqu'il se retrouve alors "seulement" chef-animateur sur la série Jetter Mars (1977, 27 épisodes) qui nous projette en 2015, et où l'on va suivre les aventures d'un androïde au corps d'enfant.

L'histoire ainsi que le character-design de cette oeuvre s'inspirent plus que largement d'Astro. Rintarô se retrouve ensuite chef-animateur et co-réalisateur avec Nobutaka Nishizawa (Ginga Tetsudô 999) sur la série Arrow Emblem : Grand Prix no Taka (Grand Prix, 1977, 44 épisodes) qui nous plonge dans le monde rutilant de la Formule 1.

En 1978, il se voit pour la première fois à la Tôei confié la réalisation complète d'une série, ce qui lui permet également une première incursion dans l'univers du mangaka Leiji Matsumoto. Pour une première, c'est un coup de maître, et la série Uchû Kaizoku Captain Herlock (42 épisodes) remporte un vif succès, que ce soit au Japon ou à l'étranger. On ne présente plus cette série mythique dans laquelle le capitaine Herlock et son valeureux équipage combattent les redoutables Mazones (Sylvidres).

Rintarô retrouve à cette occasion le character-designer Kazuo Komatsubara qui va l'accompagner quelques années pour les adaptations suivantes du riche univers de Matsumoto.
Cette série est certainement aussi la première sur laquelle Rintarô dispose d'un grand degré de liberté sur une oeuvre qui correspond à ses aspirations personnelles, et il nous livrera une vision très poétique de l'immensité sidérale.
Suivra la même année le film Uchu Kaizoku Captain Herlock : Arcadia-Gô no Nazo qui développe le superbe épisode 13 de la série (Une micro-poussière de temps).
Il ne s'agit pas réellement d'un film original à proprement parlé, mais d'un remontage d'épisode avec quelques scènes additionnelles.

L'année suivante est plus que jamais décisive, car le cinéphile Rintarô se voit enfin confier la réalisation de son premier long-métrage cinéma, Ginga Tetsudô 999 (1979) produit dans la foulée de la série éponyme elle-même adaptée du manga de Leiji Matsumoto.
Il doit tout de même partager la réalisation avec Matsumoto lui-même, ainsi qu'avec Kon Ichikawa (Des feux dans la plaine, La harpe de Birmanie).

Orphelin, le jeune Tetsuro va faire la connaissance de la belle et mystérieuse Maetel qu'il va suivre à bord du Triple 9, mythique train spatial qui doit le conduire sur la lointaine planète où il pourra obtenir un corps mécanique, et ainsi l'immortalité. Véritable condensé de l'univers de Leiji Matsumoto, parcours initiatique à la fois poétique, romantique et mélancolique, ce film est une date non seulement dans la carrière de Rintarô, mais également dans l'histoire de l'animation japonaise.

Deux ans après la brèche ouverte par le film Uchû Senkan Yamato (Le cuirassé spatial Yamato), puis par sa suite Saraba Uchû Senkan Yamato : Ai no Senshitashi (Adieu, cuirassé spatial Yamato : les guerriers de l'amour), Ginga Tetsudô 999 permet de confirmer qu'il est possible de produire avec succès des films d'animation qui ne sont pas exclusivement destinés aux jeunes enfants, et surtout qu'il existe un public important pour ce type d'oeuvre.
Ce constat va ouvrir la voie aux jeunes auteurs qui vont percer dans les années 80, comme Katsuhiro Otomo (Akira, Steamboy, Memories) ou encore Yoshiaki Kawajiri (Ninja Scroll, Vampire Hunter D : Bloodlust).

Rintarô abandonne alors très ponctuellement l'oeuvre de Leiji Matsumoto pour se consacrer au story-board, à la direction artistique ainsi qu'à la réalisation de la série Ganbare! Genki (1980, 35 épisodes), toujours avec Kazuo Komatsubara au character-design. Cette jolie série de boxe se voit malheureusement écourtée à cause de la concurrence sur le même créneau horaire de séries à grand succès, notamment une nouvelle version d'Astro, et surtout le retour d'un autre boxeur : Joe Yabuki de Ashita no Joe.

Rintarô remonte alors à bord du Triple 9 pour le second film Sayonara Ginga Tetsudô 999 : Andromeda Shuchakueki (1981). L'histoire de ce deuxième long-métrage fait suite à celle du premier, tout en reprenant une trame similaire. Ce film magnifique est souvent bizarrement déconsidéré, voir même oublié par rapport au premier, alors qu'il lui est supérieur sur bien des points, que ce soit au niveau technique ou thématique.

Il est également beaucoup plus sombre, et on commence alors à déceler l'attirance de Rintarô pour le coté obscur du fantastique : "Pour moi, l'imaginaire à forcément un coté obscur. C'est cette part de ténèbres qui stimule ma créativité". En 1982, Rintarô réalise le téléfilm Wagahai wa Neko de Aru (Je suis un chat) adapté d'une nouvelle de Natsume Soseki (Botchan, Les Herbes du Chemin). Cette oeuvre où un charmant matou évolue sur de la musique classique annonce le futur sketch Labyrinth de Manie Manie.

Il signe cette même année sa dernière collaboration avec la Tôei en participant au film Dr. Slump & Arale-chan : Hoyoyo Uchû Daiboken (Docteur Slump et la petite Arale : aventures spatiales) adapté de l'oeuvre d'Akira Toriyama, et qui parodie à tour de bras les sagas Star Wars de George Lucas et Yamato de Leiji Matsumoto et Yoshinobu Nishizaki.


L'arrivée à Madhouse : 2 films majeurs


Après avoir réalisé pour la Tokyo Movie le pilote de la série Lupin Hassei (Lupin, le 8ème), Rintarô créé en 1983 sa propre société Project Team Argos et commence alors une longue collaboration avec le studio Madhouse au sein duquel il évolue encore de nos jours.

Il va à cette époque réaliser coup sur coup deux des films majeurs du cinéma d'animation japonais, permettant ainsi d'affirmer le studio Madhouse comme un acteur incontournable du secteur.

Librement inspiré de l'oeuvre de Shôtarô Ishinomori, Rintarô retrouve également Yoshiaki Kawajiri sur le film Genma Taisen (Harmagedon, 1983). Plus que ces retrouvailles, ce film sera pour Rintarô la première occasion de collaborer avec le jeune Katsuhiro Otomo (Akira), ici chargé du character-design. On peut également noter la participation du talentueux Koji Morimoto (L'Engrenage de Frankenstein dans Robot Carnival, La Rose Magnétique dans Memories, Beyond dans Animatrix) en temps qu'animateur-clé.

Une nouvelle ère commence dans la japanimation. Le réalisme des dessins d'Otomo impose immédiatement un style graphique novateur qui tranche avec le romantisme des productions des années 70, et toutes les productions à suivre vont s'inscrire dans cette mouvance.

Histoire fantastique traitant entre autre du mal-être adolescent, Genma Taisen élève le débat en s'adressant ouvertement à un public plus averti, donnant également l'occasion à Rintarô de confirmer son attachement, largement partagé avec Otomo, pour les scènes apocalyptiques de destruction massive.

En 1985 sort une autre réalisation majeure de Rintarô, Kamui no Ken (Dagger of Kamui), dont la gestation aura pris de nombreuses années. Il en assure également la production. La direction artistique confiée à Kawajiri préfigure quant à elle Ninja Scroll que ce dernier réalisera en 1993.

Sous l'ère Meiji, le jeune aïnou Jiro est chassé de son village, accusé à tort d'avoir tué sa mère. Armé de son fabuleux sabre court, il va devenir un ninja accompli et parcourir le monde à la recherche de ses origines.

Véritable chef-d'oeuvre, ce film impressionne surtout par sa mise en scène audacieuse et son rythme effréné qui tient le spectateur en haleine pendant plus de deux heures. Rintarô avoue d'ailleurs volontiers son attachement obsessionnel à la rapidité rythmique de ses oeuvres, issue selon lui de l'époque où il travaillait sur Astro.

Après avoir assuré le planning du téléfilm Bobby Ni Kubittake (Folle d'amour pour Bobby), Rintarô retrouve en 1986 l'oeuvre de Tezuka en produisant les 3 OAV de Hi no Tori (Phoenix).

Il réalisera lui même le premier OAV Hi no Tori : Houou Hen (Phoenix : le chapitre du Karma), tandis que la réalisation des deux autres, Hi no Tori : Yamato Hen (Phoenix : le chapitre du Yamato, 1987) et Hi no Tori : Uchû Hen (Phoenix : le chapitre de l'espace, 1987) sera respectivement confiée à Toshio Hirata (Pet Shop of Horror) et Yoshiaki Kawajiri qui signe ici une de ses premières mises en scène après son révolutionnaire SF Shinseiki Lensman qui introduisait en 1984 l'infographie dans l'animation japonaise.

Toujours à la recherche de nouvelles techniques ou de nouveaux terrains d'expérimentation, Hi no Tori marque la première incursion de Rintarô sur le marché de l'OAV, qui commence alors à se développer grâce au succès du magnétoscope et bientôt grâce à celui du Laserdisc.

Le premier épisode réalisé par lui sera également porté sur grand écran. Rintarô produit également en 1986 le film Toki no Tabibito Time Stranger (Time Stranger, les voyageurs du temps) qui revisite le concept inventé au 19ème siècle par l'écrivain H.G. Wells.


Son oeuvre la plus personnelle / la mort du Roi


Produit par Argos et la Kadokowa Shoten, Rintarô participe en 1987 au film qui restera certainement comme le grand chef-d'oeuvre de sa carrière, voire peut-être celui de toute l'histoire de l'animation japonaise. Réalisé dans la foulée de Robot Carnival, l'omnibus Manie Manie Meikyu Monogatari (Manie Manie, contes du labyrinthe) est doté d'un budget considérable.

Moyen-métrage d'une cinquantaine de minutes destiné au cinéma, et constitué de trois sketchs indépendants, ce film est un OVNI dans la production de l'époque. Chacune des 3 parties est confiée à un réalisateur de grand talent, avec une totale liberté quant au contenu. Dirigé donc successivement par Rintarô, Yoshiaki Kawajiri, et Katsuhiro Otomo, ce film est généralement considéré comme la pierre angulaire de la japanimation moderne.

C'est l'occasion ici pour Rintarô de livrer son oeuvre la plus personnelle, car il signera non seulement la réalisation du premier sketch, mais également son design ainsi que son scénario, fait quasiment unique au cours de sa longue carrière. Dans ce court-métrage d'une douzaine de minutes, le spectateur suit la petite Sachi et son chat Chichiro dans une traversée du miroir digne de Lewis Caroll.

Guidés par un clown blanc sorti d'un cirque étrange, les visions fantastiques et inquiétantes se succèdent alors au cours de ce voyage à la mise en scène et à l'atmosphère résolument fascinantes. Un petit bijou de poésie sombre à voir absolument.

Rintarô signe dans la foulée le scénario et la mise en scène de l'OAV X Densha de Iko (prenons le train X, 1987), qui est semble-t-il une curiosité méritant le détour. Il enchaîne la même année avec l'adaptation en OAV de la nouvelle Kaze no Matasaburo (Matasaburo, le vent) de l'écrivain Kenji Miyazawa, également auteur de Train de nuit dans la Voie lactée qui a fortement inspiré Leiji Matsumoto pour Ginga Tetsudô 999.

Ce récit sur l'enfance et l'amitié tranche avec les univers fantastiques auxquels Rintarô s'était accoutumé. Toujours en 1988, il signe aussi l'OAV Deimos no Hanayome Ran no Kukikyoku (La fiancée de Deimos : la suite de l'orchidée) adapté du shojo (manga pour fille) de Etsuko Ikeda.

Rintarô retrouvera ensuite son mentor sur Tezuka Osamu Monogatari : Boku wa Son Goku (Les histoires d'Osamu Tezuka : je suis Son Goku, 1989) que Tezuka, gravement malade, supervisait depuis son lit d'hôpital. Ce téléfilm en deux parties raconte dans un premier temps la vie du maître (partie écrite et réalisée par Rintarô), puis les aventures du roi singe projeté en 3010 (partie réalisée par Masami Hata, autre vétéran de Mushi).

Le père fondateur du manga n'aura malheureusement pas l'occasion de voir l'oeuvre terminée, car il décède le 9 février 1989, plusieurs mois avant la fin de la production. C'est donc dans une atmosphère particulièrement triste que ce téléfilm co-produit par Madhouse et Tezuka Productions sera diffusé en août de la même année.


Jeux vidéo, Clamp & compagnie


Rintarô effectue alors un bref come-back à la Tôei pour réaliser la série Dragon Quest (Fly, 1989) inspirée du célèbre jeu de rôle éponyme. Le design de cette adaptation porte la griffe facilement reconnaissable d'Akira Toriyama.

On peut s'étonner que Rintarô, alors réalisateur reconnu et respecté, daigne se pencher sur des animes purement commerciaux comme Dragon Quest, mais il n'a jamais dénigré le pur divertissement et rejette toute forme d'élitisme:
"J'ai toujours pensé qu'il était beaucoup plus difficile de faire rire ou pleurer un public nombreux venant d'horizons multiples, que de s'inscrire dans un courant et d'en appliquer les règles sans se poser de questions".

De retour au studio Madhouse, qu'il ne quittera désormais plus jusqu'à aujourd'hui, il assure en 1990 la supervision et la direction artistique de l'OAV Eguchi Hisashi no Nantoka Narudesho !, hommage au mangaka Hisashi Eguchi.

Il fera ensuite une incursion dans l'univers post-apocalyptique de Hideyuki Kikuchi (Vampire Hunter D, Darkside Blues) en supervisant le film Kaze no Na wa Amnesia (The Wind of Amnesia, 1990).
Passant allègrement du futurisme à l'heroic-fantasy, il réalise alors le prologue et collabore au story-board des OAV n°3 et n°7 de Lodoss no Senki, sortis entre 1990 et 1991.

Rintarô dirige ensuite entre 1991 et 1992 les 4 OAV de Teitô Monogatari (Doomed Megalopolis) qui revisitent le Japon médiéval dans un sommet de l'horreur graphique.
Un temps fort dans la carrière du réalisateur. Fin 1992, il enchaîne en scénarisant et réalisant l'OAV Download : Namu Amida Butsu wa Ai no Uta (Download : chanson en hommage à Amida Bouddha) qui mélange subtilement informatique et mysticisme.

Adaptés de l'oeuvre maîtresse du mangaka Yukito Kishiro (Bugbuster), Rintarô supervise en 1993 les 2 OAV de Gunnm, ou l'on suit l'androïde chasseuse de prime Gally dans la ville décharge de Kuzutetsu. Elle y tombe amoureuse de Yugo, qui lui rêve de fouler la fabuleuse cité flottante interdite de Zalem.

Rintarô retrouve sur cette oeuvre le character-designer de Lodoss no Senki, Nobuteru Yûki. On regrette que la série s'arrête prématurément à un moment déterminant du manga, alors que 6 OAV étaient initialement prévus.

Rintarô effectue alors une première approche de l'univers graphique du collectif Clamp en réalisant le clip X² : Double X (1993) avec le groupe X-Japan à la bande son. 5 ans après Dragon Quest, il se replonge ensuite dans l'univers du jeu vidéo en supervisant l'adaptation du succès planétaire Final Fantasy (1994, 4 OAV) dont il réalise les épisodes n°1 et n°4.

Vient ensuite la réalisation de Shin Kujaku-Oh (Le nouveau Roi Paon), légende ou le bien et le mal s'opposent au cours d'un affrontement titanesque, et qui avait déjà fait l'objet de plusieurs adaptations en film live et en OAV.

On retrouve cette même thématique dans le crépusculaire X (1996) dont Rintarô assure la réalisation et le story-board. Adapté du manga de Clamp, le propos y est plus ambigu, et le spectateur est amené à se demander lequel des deux camps a raison.
Les Dragons Terrestres souhaitent restaurer le règne de la nature, tandis que les Dragons Célestes veulent conserver le monde tel qu'il est. Le ralliement du jeune Kamui à l'un ou l'autre des deux clans décidera du sort de l'humanité, et le champ de bataille sera la ville de Tokyo.

Le manga étant en cours de parution, Rintarô aura le champ libre pour choisir le dénouement de l'histoire, et son penchant pour les visions apocalyptiques va pouvoir pleinement s'exprimer. Il orchestre ainsi dans ce film une destruction organisée et méticuleuse de la capitale nippone en passant successivement en revue ses principaux quartiers et monuments, le final se déroulant inévitablement au sommet de la tour de Tokyo.

Pendant la production de X, Rintarô a également réalisé en 1995 le court-métrage Osamu to Musashi pour le Tezuka Osamu Manga Museum.


Ses dernières oeuvres : la consécration mondiale


Rintarô enfile la casquette de producteur sur la série Alexander Senki (1998, 13 épisodes) qui revisite le mythe d’Alexandre le Grand, Roi de Macédoine, qui va se lancer à la conquête du monde et ainsi forger sa légende.

Cette série est réalisée par Yoshinori Kanemori, qui a déjà collaboré à d’autres oeuvres de Rintarô, notamment X et Final Fantasy en tant que character-designer et directeur de l’animation. Plus que la mise en scène, c’est surtout le graphisme et le character-design si particulier du coréen Peter Chung (Aeon Flux, Matriculated dans Animatrix) qui marque l’oeuvre de son emprunte.

Rintarô produira et réalisera également le long-métrage Alexander Senki qui se base sur les 4 premiers épisodes de la série. En 1999, il conçoit le générique d’ouverture de la série Pet Shop of Horror (4 épisodes), réalisée par Toshio Hirata avec lequel il a déjà travaillé, notamment sur phoenix.

C’est en 2001 que sort sur les écrans du monde entier son projet le plus ambitieux à ce jour, Metropolis.
Doté d’un budget colossal et d’un staff de rêve, ce film va permettre à Madhouse de s’affirmer comme un acteur mondial incontournable, statut jusqu’ici réservé à quelques géants de l’animation japonaise comme le studio Ghibli.

Adapté d’un des premiers mangas de Tezuka publié en 1949 (et non du sublime film de Fritz Lang), Metropolis a bien failli ne jamais voir le jour.
Rintarô souhaitait depuis longtemps porter cette oeuvre sur grand écran, mais Tezuka qui n’avait que peu de considération pour ses oeuvres de jeunesse s’y est toujours opposé. Après la mort du maître, Rintarô réitère sa demande aux ayant droits de Tezuka qui se montrent plus conciliants.

Très motivé par ce projet, Katsuhiro Otomo en écrit le scénario, Rintarô se chargeant quant à lui du story-board et de la réalisation. Avec cette nouvelle adaptation de Tezuka, Rintarô de son propre aveu boucle la boucle, et c’est pour lui l’occasion de dire définitivement adieu en apothéose à celui qui a joué un rôle essentiel dans sa carrière, en l’inspirant et en étant le premier à lui confier un poste de réalisateur.

L’oeuvre originale est sublimée, et les pulsions destructrices des deux compères ont tout le loisir de s’exprimer.
Mélangeant adroitement le classicisme du character-design très Tezuka (même s’il est revu par Yasuhiro Nakura) avec des bâtiments et véhicules en images de synthèse dernier cri, le film est une réussite totale, la surprenante bande son très "jazz des années 30" de Toshiyuki Honda collant à merveille avec l’atmosphère rétro-futuriste de l’histoire.

Parmi le staff, on retrouve également Toshio Hirata, Hiroyuki Okiura (Jin-Roh), Yoshiaki Kawajiri qui animera une scène clé, ainsi que Kazuo Komatsubara dont il s’agira malheureusement de la dernière oeuvre, puisqu’il s’éteindra prématurément à 56 ans le 24 mars 2000.

C’est donc certainement avec le coeur lourd, mais particulièrement inspiré, que Rintarô retrouvera en 2002 l’univers de Leiji Matsumoto qu’il avait quitté depuis plus de vingt ans en réalisant la série Space Pirate Captain Herlock - The Endless Odyssey, Outside Legend (13 OAV).
Plus ténébreux et plus en forme que jamais, le mythique capitaine Herlock (Albator) revient à bord de son Arcadia afin d’honorer une vieille promesse et de combattre le plus terrible de tous les ennemis.

Très aboutie tant sur le plan technique qu’artistique, cette superbe série fait vite oublier les autres adaptations de Matsumoto sorties depuis le milieu des années 90, et s’impose comme une oeuvre majeure, à la fois novatrice et fidèle à l’esprit original.

Pour remplacer Komatsubara que se serait vraisemblablement vu proposé le character-design, on retrouve à nouveau Nobuteru Yûki, qui reste très fidèle au style de son aîné tout en durcissant un peu les traits.
Cette série confirme également l’attachement de Rintarô à la musique jazz, puisque le premier épisode et le générique de fin sont définitivement placés sous le signe du blues, avec un Nameless Lonely Blues de toute beauté interprété par Tia.

Sa dernière oeuvre à ce jour date de 2004, il s’agit d’un tout petit OAV de 6 minutes au titre énigmatique : 48 x 61.
Il est assez difficile de trouver des informations sur cette oeuvre, mais il semblerait qu’il s’agisse d’une course de vélo dans les rues de Tokyo, le titre faisant respectivement référence à l’âge de Katsuhiro Otomo et à celui de Rintarô (bizarre, Rintarô devrait plutôt avoir 63 ans en 2004…).
Ce qui semble à peu près sûr, c’est que le character-design y est assuré par Katsuya Terada (Blood, the Last Vampire), et que la musique est à nouveau composée par Toshiyuki Honda (Metropolis).

Bien qu’il ne soit pas à proprement parler un auteur, Rintarô a progressivement gagné un "statut d’auteur "de par la richesse de son parcours, et surtout grâce à la grande qualité artistique de ses oeuvres majeures. Magicien de l’image fasciné par les dualités entre réel et imaginaire, ombre et lumière, création et destruction, il a su s’imposer avec talent parmi les plus grands de son domaine.

Tel le clown lunaire de son sublime sketch de Manie Manie, Rintarô nous guide de l’autre coté du miroir, nous immerge dans un univers fantastique à la fois inquiétant et fascinant. On en ressort les yeux pleins d’étoiles, éblouis par tant de lumière projetée dans l’obscurité. N’est-ce pas là l’essence même du cinéma ? Merci Rintarô, puisses-tu encore nous faire rêver pendant de nombreuses années !



 Leiji Matsumoto (bio)


 Rin Tarô (bio)


 Nobuteru Yûki (bio)


 Sadayuki Murai (bio)

Based on the comic "Space Pirate Captain Herlock" by Leiji Matsumoto © LEIJI MATSUMOTO/Kobunsha - VAP - NTV [Naviguer avec FLASH]